Récits Anciens des Elog Mpoo

Ancient Stories of the Elog Mpoo

Transmis de génération en génération autour du feu, sur les rives de la Sanaga — ces récits sont la bibliothèque vivante du peuple Yasuku.

Passed down generation to generation around the fire, on the banks of the Sanaga — these stories are the living library of the Yasuku people.

🌙 Comment lire ces récits : How to read these stories: Ces récits sont fondés sur les témoignages oraux préservés dans les sources académiques publiées (Buhan & Kange Essiben, ACTEM, bakoko.org) et sur la tradition orale Elog Mpoo telle que documentée par des chercheurs insiders. Ils ne sont pas de la fiction — ils sont la mémoire. Lisez-les lentement, comme si un ancien vous les racontait au bord du fleuve. These stories are grounded in oral testimonies preserved in published academic sources (Buhan & Kange Essiben, ACTEM, bakoko.org) and Elog Mpoo oral tradition as documented by insider researchers. They are not fiction — they are memory. Read them slowly, as if an elder were telling them to you by the riverside.
Récit I · Story I

L'Origine — De l'Égypte aux Rives de la Sanaga

The Origin — From Egypt to the Banks of the Sanaga

Il fut un temps, dans les temps que les anciens appellent les temps de Dieu, où les routes du monde étaient plus courtes et le ciel plus proche de la terre. En ce temps-là, nos ancêtres vivaient dans un pays lointain vers le levant — un pays de grands fleuves et de pierres pharaoniques — qu'ils appelaient l'Égypte.

De là, ils marchèrent vers le sud. Ils traversèrent les hauts plateaux d'Éthiopie, là où la terre monte si haut qu'on peut toucher les nuages du matin. Ils portaient avec eux leurs chants, leurs noms, leurs savoirs sur les plantes et les eaux. Dans leurs bouches vivait la langue que nous appelons aujourd'hui le Kogo — une langue ancienne, pleine de sons d'eau et de forêt.

Leur grand ancêtre Nsoo marcha jusqu'à trouver un rocher immense, une montagne percée d'un trou comme le soleil perce le brouillard. Ce rocher s'appelait Ngog Lituba — le rocher percé. C'est là que les clans se réunirent pour la dernière fois comme une seule famille, avant de se disperser vers les vallées, les fleuves et les forêts du pays qu'on appelle aujourd'hui le Cameroun.

C'est ainsi que les Elog Mpoo sont devenus treize clans — treize branches d'un même arbre dont les racines plongent jusqu'à l'Égypte ancienne. Et chaque branche a gardé un fragment de la même mémoire, du même sang, du même chant.

There was a time, in the times that the elders call God's times, when the roads of the world were shorter and the sky closer to the earth. In those days, our ancestors lived in a distant land toward the east — a land of great rivers and pharaonic stones — that they called Egypt.

From there, they walked southward. They crossed the highlands of Ethiopia, where the land rises so high one can touch the morning clouds. They carried with them their songs, their names, their knowledge of plants and waters. In their mouths lived the language we call Kogo today — an ancient tongue, full of sounds of water and forest.

Their great ancestor Nsoo walked until he found a massive rock, a mountain pierced through with a hole the way the sun pierces morning mist. This rock was called Ngog Lituba — the perforated rock. There the clans gathered for the last time as a single family, before dispersing toward the valleys, rivers, and forests of the land now called Cameroon.

This is how the Elog Mpoo became thirteen clans — thirteen branches of the same tree whose roots plunge back to ancient Egypt. And every branch kept a fragment of the same memory, the same blood, the same song.

Récit II · Story II

Pourquoi Mpoo s'appelait Mpoo — L'eau qui ne retourne jamais

Why Mpoo was called Mpoo — The water that never returns

Notre ancêtre fondateur ne s'appelait pas Mpoo par naissance. Son vrai nom était NNANGA MBANG NGUE NNANGA — un nom long et puissant qui portait en lui toute sa lignée. Mais les peuples qui le côtoyaient voyaient en lui quelque chose d'unique, quelque chose que les mots ordinaires ne suffisaient pas à contenir.

Ils lui donnèrent un surnom : Mpoo. Et ce surnom venait d'une expression qu'on disait de lui : « Lipoo Li Mingenda Mi Bet Ben » — en français : « l'eau de la chute qui ne retourne jamais à sa source. »

Cette métaphore disait tout de lui. Quand Mpoo parlait, ses mots n'étaient pas repris. Quand Mpoo décidait, sa décision n'était pas défaite. Quand Mpoo agissait, son action ne revenait pas en arrière. Il était comme l'eau d'une cascade — irrésistible, irréversible, toujours vers l'avant.

C'est pourquoi nous, les Yasuku — comme tous les Elog Mpoo — portons dans notre nom la trace de cet homme-là. Nous sommes les descendants d'un homme qui était comme le fleuve : il ne revenait jamais en arrière.

La prochaine fois que tu verras la Sanaga couler, rappelle-toi : ce n'est pas seulement de l'eau. C'est le souvenir de Mpoo.

Our founding ancestor was not called Mpoo by birth. His true name was NNANGA MBANG NGUE NNANGA — a long and powerful name that carried in it his entire lineage. But the peoples who knew him saw in him something unique, something that ordinary words could not contain.

They gave him a nickname: Mpoo. And this nickname came from an expression said of him: "Lipoo Li Mingenda Mi Bet Ben" — in translation: "the water of the fall that never returns to its source."

This metaphor said everything about him. When Mpoo spoke, his words were not taken back. When Mpoo decided, his decision was not undone. When Mpoo acted, his action did not reverse. He was like waterfall water — irresistible, irreversible, always forward.

This is why we, the Yasuku — like all Elog Mpoo — carry in our name the trace of this man. We are the descendants of a man who was like the river: he never went back.

The next time you see the Sanaga flowing, remember: it is not only water. It is the memory of Mpoo.

Récit III · Story III

Les Gardiens du Nyong — La Résistance des Yasuku

The Guardians of the Nyong — The Yasuku Resistance

Il y a longtemps, nos ancêtres Yasuku avaient traversé la Sanaga en amont d'Edéa et s'étaient aventurés vers le sud. Ils descendirent jusqu'aux rives d'un autre fleuve — le Nyong — et le traversèrent. De l'autre côté, ils rencontrèrent un peuple qu'on appelle les Mabéa. La rencontre ne fut pas paisible.

Après des tensions et des conflits, nos ancêtres décidèrent de revenir sur la rive droite du Nyong. Mais ils ne partirent pas vaincus — ils partirent en gardiens. La rive droite du Nyong devint leur frontière, leur territoire de veille.

Puis vinrent les hommes du Nord — les colonisateurs allemands avec leurs caravanes chargées, leurs soldats, leurs armes et leurs ordres. Ils voulaient traverser le Nyong pour aller plus loin dans les terres. Mais les Yasuku et leurs voisins Yawanda se levèrent. Ils bloquèrent les caravanes. Pas avec des paroles — avec leurs corps, leur organisation, leur courage collectif.

Ce n'est pas dans les livres d'histoire officiels qu'on trouve ce récit. C'est dans la mémoire des anciens, dans les réunions de famille, dans les noms des lieux que les Yasuku connaissent encore. C'est là que vivent les vrais résistants.

Souviens-toi : chaque fois que tu traverses un pont au-dessus d'un fleuve, tu traverses un endroit que tes ancêtres ont, un jour, refusé de laisser franchir à ceux qui venaient avec de mauvaises intentions.

Long ago, our Yasuku ancestors had crossed the Sanaga upstream from Edéa and ventured southward. They descended to the banks of another river — the Nyong — and crossed it. On the other side, they encountered a people called the Mabéa. The encounter was not peaceful.

After tensions and conflict, our ancestors decided to return to the right bank of the Nyong. But they did not leave defeated — they left as guardians. The right bank of the Nyong became their frontier, their watchful territory.

Then came the men from the north — German colonizers with their laden caravans, their soldiers, their weapons and their orders. They wanted to cross the Nyong to push further into the interior. But the Yasuku and their Yawanda neighbors rose up. They blocked the caravans. Not with words — with their bodies, their organization, their collective courage.

This story is not found in official history books. It lives in the memory of elders, in family gatherings, in place names that the Yasuku still know. This is where the true resisters live.

Remember: every time you cross a bridge over a river, you cross a place that your ancestors, one day, refused to let those with bad intentions pass.

Récit IV · Story IV

Les Hommes de l'Eau — Le Secret du Bisima

The Men of the Water — The Secret of the Bisima

Dans notre peuple, il existe des hommes qui connaissent une langue que les autres ne comprennent pas. Une langue apprise non dans les livres ni dans les écoles, mais au bord de l'eau, dans la nuit, quand le fleuve parle à ceux qui savent écouter.

On appelle ce rituel le Bisima — la communion avec les esprits de l'eau, les hommes de l'eau. Il se transmet de père en fils, en secret. Ceux qui ont reçu cette transmission peuvent parler entre eux dans cette langue que les non-initiés entendent comme du bruit. Mais c'est bien une langue — ancienne, structurée, protégée.

Pourquoi garder cette langue secrète ? Parce que les fleuve ne se livrent pas à n'importe qui. La Sanaga, le Wouri, le Nyong — ces eaux ont une mémoire plus longue que la nôtre. Elles se souviennent des premiers hommes qui ont posé leurs pirogues sur elles. Et elles n'acceptent comme interlocuteurs que ceux qui ont appris à les respecter.

Si un jour tu vois un pêcheur Yasuku qui murmure avant de lancer son filet, ne crois pas qu'il parle à lui-même. Il parle au fleuve. Il lui demande permission. Et le fleuve répond — à sa manière, avec ses poissons, ses courants, ses silences.

Among our people, there are men who know a language others cannot understand. A language learned not in books or schools, but at the water's edge, in the night, when the river speaks to those who know how to listen.

This ritual is called Bisima — communion with water spirits, the men of the water. It passes from father to son, in secrecy. Those who have received this transmission can speak to each other in a language that non-initiates hear as noise. But it is truly a language — ancient, structured, protected.

Why keep this language secret? Because rivers do not give themselves to just anyone. The Sanaga, the Wouri, the Nyong — these waters have a memory longer than ours. They remember the first people who placed their canoes upon them. And they accept as interlocutors only those who have learned to respect them.

If one day you see a Yasuku fisherman whispering before casting his net, do not think he is talking to himself. He is talking to the river. He is asking permission. And the river answers — in its own way, with its fish, its currents, its silences.

Récit V · Story V

Lisuke — L'Ancêtre dont Nous Portons le Nom

Lisuke — The Ancestor Whose Name We Carry

Dans notre généalogie, il n'y a que trois noms entre nous et le fondateur de tout. Mpoo engendra Linyima. Linyima engendra NGANGOHE. Et NGANGOHE reçut un surnom : LISUKE.

Ce surnom — Lisuke — devint le nom de tout un peuple. Car c'est ainsi que cela fonctionne chez les Elog Mpoo : le préfixe Ya- devant un nom d'ancêtre signifie « les descendants de ». Ya-suku : les descendants de Lisuke. Nous.

On ne sait pas avec certitude pourquoi Ngangohe fut surnommé Lisuke. Peut-être était-il d'une force particulière. Peut-être d'une sagesse remarquable. Peut-être avait-il accompli quelque chose d'inoubliable au bord du fleuve, dans la forêt, ou dans la parole. Ce que l'on sait, c'est que ce nom est resté. Il a traversé les générations. Il a résisté aux colonisateurs, aux migrations, aux guerres, aux séparations.

Aujourd'hui, quand tu dis « Je suis Yasuku », tu prononces le nom de cet homme-là — un homme né il y a peut-être dix générations, dont tu ne connais peut-être pas encore l'histoire complète, mais dont tu portes le nom comme un héritage. Comme une responsabilité. Comme une promesse.

Connais ton nom. Connais celui dont tu descends.

In our genealogy, there are only three names between us and the founder of everything. Mpoo begot Linyima. Linyima begot NGANGOHE. And NGANGOHE received a nickname: LISUKE.

This nickname — Lisuke — became the name of an entire people. For this is how it works among the Elog Mpoo: the prefix Ya- before an ancestor's name means "descendants of." Ya-suku: the descendants of Lisuke. Us.

We do not know with certainty why Ngangohe was nicknamed Lisuke. Perhaps he was of particular strength. Perhaps of remarkable wisdom. Perhaps he had accomplished something unforgettable by the river, in the forest, or in speech. What we know is that this name remained. It crossed generations. It survived colonizers, migrations, wars, separations.

Today, when you say "I am Yasuku," you pronounce the name of that man — a man born perhaps ten generations ago, whose complete story you may not yet know, but whose name you carry as an inheritance. As a responsibility. As a promise.

Know your name. Know the one you descend from.

Récit VI · Story VI — ContemporainContemporary

Ekom Adrienne — La Couronne de Yassoukou, Décembre 2023

Ekom Adrienne — Yassoukou's Crown, December 2023

La mémoire n'est pas seulement dans le passé. Elle se crée aussi aujourd'hui, sur ces mêmes rives de la Sanaga où nos ancêtres ont pagayé, pêché et résisté.

En décembre 2023, lors de la 75ème édition de la Fête Mpoo — le grand rassemblement annuel de tous les clans Elog Mpoo — les communautés se sont réunies sur les berges du fleuve pour célébrer. Et c'est une fille du Canton Yassoukou, Ekom Adrienne, qui a été couronnée Miss Mpo'o.

Dans une fête qui rassemble treize clans, des délégués venus de trois régions du Cameroun et de la diaspora mondiale, une seule couronne est remise. Et en 2023, elle est revenue à Yassoukou.

Ce n'est pas un concours de beauté ordinaire. Miss Mpo'o est une ambassadrice de la culture Elog Mpoo — de sa langue, de ses valeurs, de ses traditions, de son avenir. Ekom Adrienne porte la couronne de Lisuke, de Mpoo, de toutes les Elemba du Bilemba qui l'ont précédée.

L'histoire continue. Elle a un visage. Elle s'appelle Ekom.

Memory is not only in the past. It is also created today, on these same banks of the Sanaga where our ancestors paddled, fished, and resisted.

In December 2023, at the 75th edition of the Fête Mpoo — the great annual gathering of all Elog Mpoo clans — communities came together on the river's banks to celebrate. And it was a daughter of Canton Yassoukou, Ekom Adrienne, who was crowned Miss Mpo'o.

In a festival that gathers thirteen clans, delegates from three regions of Cameroon and the world diaspora, only one crown is given. And in 2023, it came back to Yassoukou.

This is not an ordinary beauty contest. Miss Mpo'o is an ambassador of Elog Mpoo culture — its language, its values, its traditions, its future. Ekom Adrienne carries the crown of Lisuke, of Mpoo, of all the Elemba of the Bilemba who came before her.

History continues. It has a face. Her name is Ekom.

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« Quand un ancien meurt, c'est une bibliothèque qui brûle. Mais quand ses récits sont transmis, la bibliothèque vit encore. »

"When an elder dies, a library burns. But when their stories are passed on, the library lives still."

— Proverbe africain, repris par la tradition Elog Mpoo

— African proverb, echoed in Elog Mpoo tradition

Vous connaissez un récit que nous n'avons pas ?

Do you know a story we haven't told?

La tradition orale vit dans vos familles, dans les conversations avec vos anciens, dans les réunions de diaspora. Chaque témoignage est précieux. Contribuez sur bakoko.org ou contactez l'ACTEM.

Oral tradition lives in your families, in conversations with your elders, in diaspora gatherings. Every testimony is precious. Contribute at bakoko.org or contact ACTEM.

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